Bonus, Nouvelle
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NàlC 5 – La fin alternative

Une fois n’est pas coutume, mais il arrive de temps en temps qu’un pan plus ou moins important d’un texte soit amené à être sacrifié ; pour des raisons de longueur, de fluidité, de cohérence…

C’est ce qui est arrivé à la fin de la 5ème nouvelle, Pois Bielle & Associés. Voici en cadeau, la première fin envisagée :

Il a l’impression que le monde s’effondre sous lui, que le sol s’ouvre sous ses pieds pour l’engloutir. Il peut presque sentir la vibration de la chute. Certes, il n’est pas en train de tomber, mais tout oscille vraiment autour de lui. Il écarte les mains et redresse la tête. Il constate alors que les murs sont effectivement en train de vibrer, et un bourdonnement croit en puissance depuis le niveau inférieur. Il reconnaît alors la montée en charge des galipeurs.
Au moment où il se remet sur pied, Fromente surgit de l’escalier, les traits crispés par un mélange de peur et de surprise.
— Patron, on a un autre souci, balbutie-t-elle.
— Comment ça ?
— J’ai fait une bêtise. En sabotant l’installation, j’ai saturé les…
Elle ne peut terminer sa phrase, engloutie par une vague de pois luminescents surgis de l’étage inférieur. Au même moment, sous les pieds de Jaspin le sol se courbe sous la pression d’une force phénoménale, comme si un titan s’adossait au plafond du laboratoire et tentait de le soulever. Au-dehors, les imprécations et coups contre la porte se sont mués en cris d’alarme. Dans un énorme craquement, le bâtiment entier s’ouvre comme une cosse mûre, libérant un flot irrésistible de millions et de millions de pois lumineux

o o o o o

Quatre jours plus tard, le flot a fini par se tarir. Le bâtiment ayant abrité le laboratoire a laissé la place au sommet d’une vertigineuse montagne de pois luminescents. Une fois la cataracte terminée des équipes d’urgence sont venues à proximité, tirant pour cela des lignes de tricycle temporaires.
Dans le premier véhicule qui s’approche du lieu se trouvent Jaspin et Fromente, tenues d’exploration complète et visages fermés. À leur côté, l’huissier qui avait servi de porte-parole au Conseil lors de la visite de Jaspin.
— Vous avez une chance inouïe, leur dit ce dernier. C’est un immense honneur qui vous est fait. Je vous envie.
— Il n’est pas trop tard pour prendre ma place, répond amèrement Jaspin.
— C’est une chance incroyable, poursuit le porte-parole en ignorant l’interruption. Vous avez l’occasion de racheter vos erreurs tout en contribuant de manière significative à cette extraordinaire découverte.
Pour toute réponse, Jaspin émet un grognement.
Le tricycle s’immobilise à quelques mètres du gigantesque tas de grains qui sert depuis quelques jours de phare, tant l’accumulation luminescente est visible à des kilomètres. Jaspin ne parvient pourtant pas à savourer à sa juste valeur cette démonstration publique de la réussite de son entreprise.
Un ponton amovible est déplié sur le côté du véhicule, permettant d’atteindre le flanc de la montagne. Souriant toujours, l’huissier reprend son monologue :
— Votre découverte n’est pas celle que vous espériez, mon cher Bielle. Vos pois ne serviront pas à ce dont vous les destiniez. Néanmoins, vous allez entrer dans les livres d’histoire. Non pas comme inventeur du légume qui brille dans le noir, mais comme celui qui aura le premier apporté la preuve irréfutable – bien qu’accidentelle – qu’il existe un sol quelque part sous nos pieds.
Jaspin reste muet. Les mains serrées sur ses genoux, tout en lui évoque la panique qui monte en lui.
— C’est l’heure, messieurs-dames. En route !
Les deux complices se lèvent à contrecœur et viennent lentement se placer sur le ponton.
— Il est temps de partir à la découverte de ce mythique sol. Revenez, si possible, nous faire un rapport, un jour. Allez ! Ouste !

— Fin.

Alors, qu’en pensez-vous ? Laquelle des deux fins avez-vous préféré ?

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